La FPH (Fondation pour le Progrès de l’Homme) organise, depuis quelques années, des rencontres entre citoyens chinois et citoyens européens, rencontres auxquelles sont conviées des représentants politiques.
Pour plus de détails sur cette passionnante opération, voir le site de la FPH (renvoi).
L’association Inf’OGM (renvoi) a été contactée pour mettre en place, dans ce forum, une discussion sur les biotechnologies qui doit déboucher sur un atelier en Chine. En attendant, des échanges vont avoir lieu sur internet. Le premier texte proposé pour le débat avec les chinois est présenté ici, car, étant écrit par deux membres du GIET dont un est administrateur d’Inf’OGM, il reflète l’analyse de notre groupe.
OGM pour FORUM CHINE - EUROPE
En Europe, la question de la dissémination des OGM en milieu ouvert (pour des essais ou des cultures commerciales) est l’objet d’une très importante controverse.
Ce qu’on observe, c’est qu’il n’y a pas vraiment de débat entre les « pro » et les « anti » OGM, les deux parties ne parlant pas de la même chose, ou, plus exactement, elles parlent de la même chose, mais dans un contexte de sens radicalement différent.
Cette différence d’approche nous semble, dans l’immédiat, plus importante à approfondir que le sujet OGM lui-même.
Esquisse du fondement de l’incompréhension entre « pro » et « anti »
La Société occidentale, qui a récemment mondialisé sa façon d’être, largement basée sur le développement techno-scientifique, génère la destruction de la biodiversité, c’est-à-dire la destruction de ce qui permet à l’espèce humaine de persister sur terre. Cet échec majeur, qui curieusement, n’est pas encore largement perçu, impose une réinterrogation des « fondements », ou plutôt de la nature profonde de cette civilisation et notamment des technosciences. Il appelle à ce qu’on peut appeler un changement de paradigme global.
Très, très schématiquement, on peut mettre en avant trois aspects majeurs, largement liés entre eux, caractéristiques du monde moderne :
1/- contrairement à la tradition, qui mettait le monde au service de l’homme, le changement ontologique survenu au milieu du XXe siècle signifie que l’homme n’est plus de droit au monde (cf. notamment Hans Jonas).
2/- au lieu d’une somme de relations locales, la biosphère peut être naturellement conçue comme un réseau global d’interactions, incluant l’espèce humaine, possédant sa propre dynamique, dont les constituants dépendent (vision systémique dans la quelle le tout est différent de la somme des parties).
L’homme en tant qu’espèce dépendant ainsi d’une biosphère qu’il est en train de détruire, la préservation de « l’intégrité » du système (protection de la biodiversité) devient l’objectif essentiel, à partir duquel les autres thématiques (économie, santé, etc) se déclinent.
Il s’agit donc, déjà, d’un changement très important de la hiérarchie des valeurs, devant avoir un retentissement profond sur la prise de décision.
3/- L’homme moderne est l’expression actuelle d’une longue évolution (longue par rapport à une vie d’homme). Dans une très longue phase où les capacités pour l’homme d’agir sur la nature étaient faibles, le maintien de l’espèce semblait confondu avec la natalité et le « confort » individuel, même si la persistance de collectivités (collections d’individus organisés) pouvait être ponctuellement contradictoire avec ce confort individuel (par exemple, dans un conflit entre deux pays, les individus sont sacrifiés à la collectivité).
Depuis deux siècles (temps court dans cette évolution), la croissance exponentielle des technosciences est telle qu’une dissociation apparaît entre l’intérêt individuel/collectif et l’intérêt de l’espèce et de la biosphère.
Or, les désirs et espoirs des hommes, de même que la prise de décision politique, restent très largement imprégnés de cette longue partie « pré moderne » de l’homme au cours de laquelle il a tissé sa culture.
Croître et proliférer, pour Cro-Magnon, consolident l’espoir de la survie de l’espèce, pour l’homme moderne, ce n’est manifestement plus le cas, or ce désir reste toujours profondément ancré en lui.
Les perspectives de nouveaux traitements médicaux (confort individuel) restent largement justificatrices pour les technologies nouvelles, etc.
Les OGM dans tout ça
Parmi les expressions du développement technoscientifique exponentiel et aveugle, les OGM sont un cas exemplaire, particulièrement travaillé du fait de l’opposition radicale qu’ils ont suscités en Europe.
-pour les « pro-OGM », l’intérêt et les décisions sont basés sur le paradigme ancien et notamment sur l’intérêt (putatif, en plus) pour l’individu,
-pour les « anti-OGM », sans que ce soit toujours explicite, la réflexion tend à se placer dans le cadre de la problématique moderne et du changement de paradigme global nécessaire.
Les deux discours se croisent sans jamais faire débat.
Date de création : 27/02/2009 : 08:15
Dernière modification : 27/02/2009 : 08:16
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